Lorsque l'on consulte un arbre ou une généalogie, on peut parfois découvrir d'étranges numéros associés aux ancêtres. À première vue, difficile d'imaginer ce que ces chiffres peuvent bien avoir à faire avec notre histoire familiale.
Pourtant, ils obéissent à une logique particulièrement ingénieuse : en quelques secondes, le numéro Sosa permet de savoir où se situe un ancêtre dans notre ascendance et même de déterminer s'il s'agit d'un homme ou d'une femme.
Mais d'où vient ce système et, surtout, comment fonctionne-t-il ?
Un numéro pour chaque ancêtre
Lorsqu’un arbre ne comporte que quelques générations, il est encore assez facile de s’y retrouver. Mais plus on remonte dans le temps, plus le nombre théorique d’ancêtres augmente : deux parents, quatre grands-parents, huit arrière-grands-parents, seize à la génération suivante etc. Très vite, désigner chacun d’entre eux uniquement par son nom devient peu pratique. La numérotation Sosa permet justement d’attribuer à chaque ancêtre direct une place précise dans l’ascendance.
Le point de départ est la personne dont on établit la généalogie. Elle reçoit toujours le numéro 1. On rencontre parfois pour la désigner le terme de cujus, que nous avons déjà croisé dans notre petit lexique de généalogie. Il peut s’agir de vous-même, de votre enfant ou de toute autre personne dont vous souhaitez reconstituer l’ascendance. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, les numéros suivants ne sont pas distribués au hasard.
Une règle étonnamment simple
À partir du Sosa n°1, il suffit de retenir deux petites règles :
- le père porte toujours le double du numéro de son enfant
- la mère porte le double du numéro de son enfant, auquel on ajoute 1.
Ainsi, le père du Sosa 1 porte le n°2 et sa mère le n°3.
Mathématiquement, si une personne porte le numéro n, son père porte le numéro 2n et sa mère le numéro 2n + 1.¹
Une histoire qui remonte au XVIe siècle
On pourrait facilement imaginer que cette façon très méthodique de classer les ancêtres est née avec les fichiers informatiques et les logiciels de généalogie. Il n’en est rien : ses origines remontent à plus de quatre siècles.
En 1590, Michel Eyzinger publie à Cologne son Thesaurus principum hac aetate in Europa viventium, consacré aux maisons royales et princières européennes. Il y emploie déjà un système mathématique de numérotation des ancêtres correspondant au principe que nous connaissons aujourd’hui. Presque un siècle plus tard, en 1676, le franciscain Jérôme de Sosa reprend cette méthode dans son ouvrage Noticia de la gran casa de los marqueses de Villafranca. C’est son nom qui restera attaché au système. [1]
Mais l’histoire ne s’arrête pas là ! En 1898, le généalogiste allemand Stephan Kekulé von Stradonitz reprend à son tour cette méthode dans son Ahnentafel-Atlas, consacré aux ascendances de souverains européens et de leurs conjoints. L'ouvrage, publié entre 1898 et 1904, contribue à populariser largement le système. [2]
C’est ainsi que s’impose progressivement l’appellation de numérotation Sosa-Stradonitz : un système dont les origines remontent au XVIe siècle et qui continue donc, plus de quatre cents ans plus tard, à nous aider à mettre un peu d’ordre dans nos arbres généalogiques !
Un système pratique mais qui a ses limites ...
La numérotation Sosa est particulièrement efficace pour organiser une ascendance. Mais elle a une limite importante : elle ne représente pas une famille dans toute sa complexité. Elle ne s’intéresse qu’à une seule chose : la succession des ancêtres directs de la personne choisie comme Sosa n°1.
Ainsi, les frères et sœurs, oncles et tantes, cousins ou encore les conjoints qui ne sont pas eux-mêmes des ancêtres directs ne reçoivent aucun numéro Sosa. Cela devient particulièrement visible en cas de mariages multiples. Imaginons qu’un de vos ancêtres se soit marié deux fois. Si vous descendez de sa seconde union, son deuxième conjoint pourra apparaître dans votre ascendance et recevoir un numéro Sosa. En revanche, son premier conjoint n’en recevra aucun s’il n’est pas également votre ancêtre.
Il en va de même pour les enfants issus de cette première union : ils peuvent être les demi-frères ou demi-sœurs de votre ancêtre et constituer une partie importante de l’histoire familiale, mais ils restent en dehors de la numérotation Sosa.
La numérotation Sosa ne représente donc pas toute une famille : elle représente une ascendance.
Et parfois, les branches se rejoignent ! Le joli schéma mathématique du système Sosa laisse également penser que le nombre d’ancêtres double systématiquement à chaque génération : 2 parents, 4 grands-parents, 8 arrière-grands-parents, puis 16, 32, 64…
En théorie seulement. Dans une véritable généalogie, il arrive qu’une même personne soit notre ancêtre par plusieurs branches différentes. C’est ce que l’on appelle un implexe. Le même individu peut alors occuper plusieurs positions dans l’ascendance et recevoir plusieurs numéros Sosa. Le nombre de positions dans l’arbre n’est donc pas nécessairement égal au nombre d’ancêtres réellement distincts.
Enfin, les numéros Sosa ne sont pas attachés définitivement aux individus. Ils dépendent entièrement de la personne choisie comme Sosa n°1. Si vous construisez votre propre ascendance, votre père sera votre Sosa 2. Mais si vous choisissez ensuite votre enfant comme personne de départ, vous ne serez plus Sosa 1 : vous deviendrez l’un de ses parents et recevrez le numéro 2 ou 3. Toute la numérotation est alors recalculée en fonction de ce nouveau point de départ.
Le numéro Sosa n’est donc pas le numéro d’une personne : c’est le numéro de la place qu’elle occupe dans une ascendance donnée !
Histoires de branches & branches d'Histoire par Perrine GUILLAUME
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À bientôt pour une nouvelle histoire de branches… et quelques branches d’Histoire !
[1] Michel Eyzinger, Thesaurus principum hac aetate in Europa viventium, Cologne, 1590 ; Jérôme de Sosa, Noticia de la gran casa de los marqueses de Villafranca, 1676. Les références bibliographiques du système Sosa-Stradonitz permettent de retracer le passage d'Eyzinger à Sosa.
[2]Stephan Kekulé von Stradonitz, Ahnentafel-Atlas. Ahnentafeln zu 32 Ahnen der Regenten Europas und ihrer Gemahlinnen, Berlin, J. A. Stargardt, 1898-1904. Un catalogue ancien de la bibliothèque universitaire de Heidelberg confirme également cette édition.
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